Huit heures. Il fait froid, la machine à café est encore loin et vous avez cours dans trente minutes aux amphis de l’Europe. Vous attendez le bus près de l’Opéra, au pont d’Avroy ou avenue Blonden. Vous embarquerez dans quelques minutes, avec quelques dizaines d’autres passagers, pour un voyage relativement long (entre vingt et trente minutes) dans un convoi souvent bondé. Réjouissez-vous : avant, c’était pire !
En effet, ces dernières années, quelques progrès substantiels ont été réalisés. Deux nouvelles lignes ont vu le jour : la ligne 58, qui lie le Sart-Tilman au centre-ville en passant par Ougrée et la 28, qui part de l’agglomération est de Liège vers le site foresto-universitaire. La ligne 48, la plus fréquentée, fonctionne désormais en site propre sur certains tronçons, ce qui améliore les temps de parcours. La fréquence des lignes et la capacité de certains bus a également été revue. Bref, ça va un peu mieux.

Concernant la mobilité interne au site du Sart-Tilman, des efforts sont également en cours. La cellule mobilité installée voici deux ans au sein de l’ULg planche sur plusieurs projets, dont un « boulevard des étudiants » permettant de relier les principaux sites (du nouveau resto jusqu’à Montéfiore) par « mode doux » (vos pieds ou le vélo). On parle aussi de voitures partagées, ou d’une plateforme de covoiturage.
Toujours est-il qu’une visite dans les autres villes universitaires laisse rêveur. Les facultés namuroises, situées en pleine ville, sont accessibles à pied pour la plupart des étudiants — qui sont nombreux à kotter dans le centre. À Louvain-La-Neuve, le campus est le lieu de vie de la majorité de la population estudiantine. Certains problèmes de mobilité se posent, mais ils n’entravent pas le quotidien. Les Bruxellois ne sont pas spécialement bien lotis, mais ils gardent la possibilité d’habiter à proximité de leur université sans se couper de toute vie sociale. Tout comme les Gembloutois, d’ailleurs, preuve que toute l’ULg n’est pas à plaindre.
Ces exemples nous montrent que les soucis de mobilité des ULgistes sont finalement assez peu liés à la mobilité en tant que telle. Ils viennent surtout du fait qu’il est quasi-impossible d’habiter près de son lieu d’études : passé dix-huit heures, le Sart-Tilman redevient un paisible domaine peuplé d’arbres où l’on peut tout au plus promener son chien. Pas vraiment l’idée qu’on peut se faire de la vie d’étudiant. Les solutions ? Ramener l’université près des lieux de vie des étudiants, c’est-à-dire le centre, ou développer un noyau urbanistique au Sart-Tilman, dans le style louvaniste. Les deux semblent sympathiques, mais nécessiteraient de lourds investissements.
En attendant, on peut toujours tenter de rapprocher les sites universitaires par de meilleurs transports en commun. Quoiqu’il arrive, il y aura toujours quinze kilomètres entre le Sart-Tilman et le centre-ville. L’urgence est d’en faciliter le parcours. On pourrait, par exemple, mieux relier le réseau ferroviaire et celui de transports urbains. Plusieurs villes européennes ont installé un système de tram-train (une navette capable de circuler sur les deux réseaux), qui répondrait à une certaine demande chez nous. D’autre part, notre recteur confiait récemment « rêver d’un système de transport efficace, automatisé, et peut-être suspendu » (Le Soir, 10 septembre dernier) pour accéder au Sart-Tilman. Imaginez-vous monter au cours tous les matins en téléphérique : le pied !
Ces idées, et bien d’autres encore, seront au coeur d’un débat qui se tiendra le 10 novembre prochain à la salle « Article 23 » dans le cadre de l’opération Tramliege.be. L’occasion de mettre la mobilité étudiante — celle de tous les jours, pas l’autre — au centre des préoccupations de nos responsables politiques.