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Lettre ouverte à Monsieur Willy Demeyer, Bourgmestre de Liège

16 décembre 2007, par André Moulin, Jean Rossinfosse, Jean-Marc Erniquin, François Schreuer, Francis Leboutte, Paul Van Damme, Frédéric Falisse

Liège, le 16 décembre 2007

Monsieur le Bourgmestre,

Au moment où Liège est à la fête autour de son marché de Noël, nous nous préparons, avec votre autorisation, à manifester dans les rues de votre ville « pour le tram » et « contre l’autoroute ».

Car comme vous le savez, la signature du permis d’urbanisme de la liaison CHB est programmée pour bientôt. Ce projet suscite de nombreuses réserves quant à ses conséquences, et ce depuis plusieurs années. Il est cependant loin d’être « fait » si l’on compte qu’à peine 1% du budget prévu de 400 millions d’euros a été dépensé à ce jour (en études).

La récente Etude d’Incidences sur l’Environnement de la liaison CHB (Bureau Pissart et Cie, mai 2007) a confirmé la médiocre efficacité de CHB au niveau de la mobilité (en principe sa raison d’être). Les effets annoncés depuis des années par une argumentation à géométrie variable seront loin d’être obtenus : que ce soit sur les quais de la Dérivation, dans le tunnel de Cointe, sur la E40, sur la N3, dans la vallée de la Vesdre ou en beaucoup d’autres points. La rhétorique des promoteurs est battue en brèche par l’Etude d’Incidences elle-même, pour ce qui concerne le principal intérêt que la ville de Liège est censée retirer de ce projet, à savoir l’« amélioration de la fluidité du trafic ».

La même Etude d’Incidences a examiné en profondeur les conséquences environnementales de CHB, en particulier les atteintes au riche patrimoine biologique des pentes de la vallée de la Vesdre. Le constat est alarmant. Ce patrimoine serait si gravement affecté par CHB, que le CWEDD (Conseil Wallon de l’Environnement pour le Développement Durable) a rendu un avis défavorable au projet (juin 2007).

Monsieur le Bourgmestre, nous avons pris connaissance de la lettre adressée en votre nom, le 16 août 2007, aux communes concernées, par le Service d’Urbanisme de la Ville de Liège, dans le cadre de l’enquête publique à propos de la demande de permis d’urbanisme.

Dans cette lettre qui exprime le soutien de la Ville de Liège à CHB, vous commencez par énoncer les arguments généraux qui sont ceux du MET, auteur du projet, et que l’Etude d’Incidences a rappelés au début du document sans pour autant les faire siens.

Ensuite, vous vous inquiétez de l’effet amplificateur de CHB sur la désurbanisation (personnes, commerces et entreprises), dont les conséquences économiques et sociales bien prévisibles. Votre inquiétude, sur ce point, est palpable, et le ton alarmiste. Nous comprenons d’autant plus vos angoisses que nous les partageons depuis longtemps. Vous suggérez en réponse des « mesures dissuasives » qui amélioreraient la qualité de la vie. Mais ces mesures sont possibles dès à présent, indépendamment de CHB . Elles auraient pu et dû être prises depuis longtemps, en ce y compris, comme annoncé, lors de la construction du tunnel de Cointe. Mais nous n’avons rien vu venir… et nous n’entendons, à ce sujet, que des déclarations d’intention non chiffrées et non encore soumises à études.

Pour le MET, on se trouve probablement là « en dehors du cadre de cette étude », comme pour une grande partie des recommandations faites par l’Etude d’Incidences, recommandations dont la lettre de la Ville de Liège signale d’ailleurs le caractère insuffisant. Si l’on s’en tient à l’avis du MET, ces recommandations devraient donc être traitées plus tard, indépendamment du projet CHB ; c’est vrai que le MET n’a pas le temps actuellement de s’occuper des « effets collatéraux » de CHB et pour cause : le projet s’emballe sous le rythme d’urgence donné par le ministre des Travaux publics, déterminé à en finir, selon son propre aveu, avant la fin de son mandat.

La question des « effets collatéraux » et de la périurbanisation, objets de votre souci, requiert à elle seule un moratoire. C’est ce que la commune de Fléron a fait valoir en n’apportant pas son soutien à la demande de permis d’urbanisme. Et il semble logique, en effet, de ne pas avancer sans l’obtention de certaines garanties visant à préserver la qualité de vie des habitants. Ce n’est visiblement pas l’avis de la Ville de Liège, qui participe de la précipitation générale.

Vous passez aussi en revue dans votre lettre, pour les réfuter, les « alternatives » à CHB, et ce de manière étonnamment détaillée, du moins si l’on considère le nombre de lignes consacrées dans votre lettre à cette question qui ne tient, dans l’Etude d’Incidences, qu’une place très réduite et pour cause : les dites alternatives n’ont pas fait et ne feront pas l’objet d’études dignes de ce nom, puisque vous faites en outre savoir que vous retirez votre demande de 2006 pour une étude de faisabilité approfondie de l’alternative « Chartreuse ».

L’autre objet de notre démarche est la question des transports en commun et du tram structurant pour Liège, qui a quasi obtenu ces derniers jours une reconnaissance officielle suite à l’introduction d’un dossier d’éligibilité au FEDER. Cette question n’est à aucun moment — pas plus que l’environnement — évoquée dans votre lettre du mois d’août. Il est vrai que la politique de la Ville comme de la Région est basée sur des choix anciens. L’Etude d’Incidences le signale d’ailleurs implicitement dans ses conclusions, en précisant qu’elle se situe elle-même dans ce cadre. Ce qui expliquerait qu’elle classe les transports en commun dans la catégorie des « alternatives philosophiques », et qu’elle ne relève pas la problématique du « transfert modal » compromis par une offre routière prépondérante encourageant la circulation automobile. L’Etude d’Incidences se contente, comme vous l’avez fait dans votre lettre, de conseiller des investissements dans des modes de transports moins polluants, tout en ajoutant que « Ceci ne relève pas directement du demandeur, dont le rôle premier est la gestion du réseau autoroutier et routier à grand gabarit » (6 A 8, p 189). Réponse prévisible du MET : « Recommandation indépendante de la présente demande de permis. » La problématique de la précarité entraînée par un aménagement du territoire centré sur l’automobile n’est d’ailleurs pas d’avantage envisagée par le demandeur.

Il y a donc bien, malgré les limites avouées de l’Etude d’Incidence et le silence assourdissant qui a entouré, jusqu’il y a peu, cette question, une relation entre CHB et les transports en commun en région liégeoise. Les citoyens l’ont compris et ont agi en conséquence, posant en outre la question des moyens financiers disponibles à court et moyen terme pour la région liégeoise.

Contrairement aux souhaits exprimés par votre lettre, nous ne croyons pas qu’il soit réaliste de vouloir empêcher dans les zones traversées par CHB (avec 2 échangeurs d’extrémité et 4 sorties intermédiaires soit 1 par commune), des développements qui en découleraient naturellement. L’actualité nous apprend que des entrepreneurs de toutes sortes prennent dès à présent leurs marques (promoteurs immobiliers, grande distribution, entreprises, SPI+, etc.). En l’absence de plan global de développement territorial et de mobilité en région liégeoise, il est utopique de compter sur des mesures d’accompagnement comme vous les préconisez. Le moins que l’on puisse faire est d’attendre les conclusions d’un PUM qui a à peine vu le jour, pour évaluer valablement les conséquences de CHB sur la mobilité dans toute la région liégeoise, et il faudrait en outre qu’une autorité reconnue au niveau de la Communauté Urbaine de Liège puisse agir en conséquence.

Nous sommes loin d’avoir épuisé ici toute l’argumentation possible à l’encontre de CHB. Au vu de sa lettre d’août, le Collège communal semble en effet singulièrement embarrassé dans son soutien « conditionnel » au projet, puisqu’il ne pose aucune condition ferme, en se contentant de l’expression d’inquiétudes assorties de souhaits, souhaits dont on sait qu’ils risquent bien de demeurer des vœux pieux. En bref nous avons le sentiment que vous cautionnez CHB du bout des lèvres, comme si CHB était une sorte de catastrophe, mais inévitable. On aurait attendu une position plus forte de la part des responsables de la Ville de Liège, si importante dans la Région wallonne.

Un « point nouveau » ressort encore dans l’actualité récente. Il s’agit de la lutte contre le réchauffement climatique et de la priorité qui sera donnée par Kyoto 2 à la réduction des émissions dues à l’aviation et à la route. Or ces deux secteurs sont précisément ceux dans lesquels la Région liégeoise a le plus misé récemment, avec son pôle logistique. Notre région se retrouvera donc bientôt dans une situation particulièrement délicate, d’autant plus qu’elle se doit de maintenir son activité sidérurgique qui nécessite déjà des quotas CO2 supplémentaires. CHB alourdirait encore le bilan. (Pour ceux qui en douteraient, une recommandation du Pacte Ecologique belge est de « Mettre un terme à la construction de nouvelles infrastructures routières qui, par effet d’appel, aggravent la situation. » Ces recommandations ont reçu le soutien, entre autres, du professeur van Ypersele, climatologue belge, membre du GIEC auquel a été attribué le Prix Nobel de la Paix 2007, et cosignataire d’une récente carte blanche d’opposition à CHB.).

Monsieur le Bourgmestre, le choix du moratoire représente un profil minimum mais honorable dans les circonstances nouvelles qui découlent de la prise de conscience du réchauffement climatique. L’avis du Bourgmestre de Liège, avec son Collège, à ce sujet, serait d’un poids considérable. Il doit donc être clair, car nous vivons un moment historique, dont on se souviendra longtemps une fois que les choses seront faites. Il n’est pas trop tard pour demander d’urgence au ministre Antoine de suspendre sa signature. C’est ce que vous demande le Collectif pour le Moratoire avec les manifestants de ce dimanche et tous leurs sympathisants.

En prenant position pour le moratoire et en demandant au ministre Antoine de suspendre sa décision, Monsieur le Bourgmestre, vous ferez véritablement entrer Liège dans le vingt et unième siècle. Pour la première fois depuis longtemps, Liège ne serait plus à la traîne, mais à la pointe du progrès et du développement. Cela ne pourra que relancer l’économie et l’emploi à Liège et dans sa région.
Nous restons à votre disposition et vous prions d’agréer, Monsieur le Bourgmestre, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Moncheû l’borguimêsse, è con’feye po nin l’rouvi : « Allons Lidj ! »

LE COLLECTIF POUR LE MORATOIRE CHB :
Pétition « Oui au Tram – Non à l’Autoroute » (François Schreuer)
Comité de Quartier de La Brouck (président : Jean Rossinfosse)
Groupement CHB a.s.b.l. (président : Frédéric Falisse)
Comité Quel Pont pour Tilff (CQPT) (président : Francis Leboutte)
Comité des réclamants (André Moulin)
Natagora-Liège (président : Paul Van Damme)
Vesdre Pêche & Nature asbl (Jean-Marc Erniquin)

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2 commentaires reçus

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posté le 23 décembre 2007 par NIFFLE